Bourse du travail de Paris : Faire soi-même le sale boulot!

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Par MPE

[www.mouvement-egalite.org]



Nous publions ci-dessous un communiqué du 9ème collectif des sans-papiers relatif à l'expulsion, ce jour à 12h, des sans-papiers qui occupaient la bourse du travail de Paris (3 rue château d'eau) depuis le 10 février 2007 dans l'indifférence générale. Au lieu de faire appel aux forces de l'ordre, les syndicats ont préféré "nettoyer" le lieu par eux-mêmes !

Nous avons déjà connu une situation similaire (lire notre chronique : «Saint-Denis et sans-papiers - Evacuations policières... « de gauche » ? ») : « bulldozer de Vitry » en 1980 où un commando d'une cinquantaine de personnes conduites par le maire PCF de Vitry d'alors (Paul Mercieca) manifestait son hostilité à l'égard de 300 immigrés maliens, saccageait et rasait leur foyer par bulldozer.

Entre hier et aujourd'hui, les pratiques et les arguments n'ont point changé. Hier c'était soi-disant pour éviter que « Vitry » ne se transforme en ghetto ; montrer qu'on est vraiment « progressiste » face au maire de droite de Saint-Maur : «
je m'élève contre coup de force des municipalités bourgeoises qui pratiquent le racisme
» (dixit le maire PCF de l'époque) ; exiger une répartition « équitable » des immigrés ! Et pour lutter contre la « bourgeoisie », le « racisme » et éviter que sa municipalité ne se transforme en « ghetto », il fallait éviter l'arrivée de beaucoup d'immigrés, notamment noires !, dans sa propre municipalité...ne pas dépasser le « seuil de tolérance » pour ne pas perdre les électeurs potentiels d'une certaine population qui se présente comme « originaire » de ce pays...

Aujourd'hui, les sans-papiers qui occupent n'importe quel lieu géré par une « certaine gauche » ou par ses alliés « naturels » (ou supposés tels), se trompent forcément d'ennemi et jouent le jeu de la droite ! Ils agiraient contre « l'unité » des travailleurs et la gauche, « amis de longue date » des immigrés et des sans-papiers !

C'est par cette rhétorique que des syndicats, notamment ceux qui se réclamant « pour la cause des sans-papiers », peuvent les expulser! Pourquoi ? C'est «
parce qu'ils
[les sans-papiers]
avaient transformé plusieurs salles de la Bourse en squat
» (on a même pu lire sur certaines listes des propos sur les « odeurs » et la saleté des toilettes de la Bourse du travail ! Brigitte Bardot éructait : «
N'est-il pas préférable qu'ils
[les sans-papiers]
restent chez eux plutôt que de venir occuper des églises, déféquer derrière des colonnes ?... ils transforment les églises
[où reposent nos ancêtres]
en porcheries humaines
»). On nous dit que «
Leur présence
[les sans-papiers]
et la transformation des salles en squat étaient devenues gênantes pour les salariés de la Bourse
». Les sans-papiers sont «
devenues gênantes pour les salariés de la Bourse
» ? Que les anti-grèves se félicitent : il n'y aura plus de grève syndicale parce qu'elle gêne les salariés et souvent les usagers...!

Et pour montrer leur « solidarité avec les sans-papiers », ils n'ont pas fait appel à la police : « {Ce n'est pas dans nos habitudes d'appeler la police. Il
fallait mettre fin à ce squat. On l'a fait sans violence} » ! Ils ont fait eux-mêmes le sale boulot !! Grand merci chers camarades défenseurs (depuis toujours !) des salariés les plus exploités et les plus opprimés de tous les salariés : les sans-papiers ! Ceux et celles qui sont venus dans l'espoir d'obtenir votre soutien et votre solidarité afin de donner de la force à leur combat, le populariser...

Nous avons aussi connu, en décembre dernier, l'expulsion d'une piscine complètement désaffectée de plus de 300 sans papiers par les CRS appelés par la municipalité « de gauche » de Saint-Denis (Jean Brafman, PCF et soutien de José Bové) ; la fermeture, en guise de représailles, par la mairie PCF du local qu'utilisait le collectif des sans-papiers (CSSP 93) dans la Bourse du travail de Saint-Denis pour tenir ses réunions (on y retrouve encore Jean Brafman !) L'expulsion par les CRS des sans-papiers de l'université Paris 8 dont le président, Pascal Binczak, ayant comme meilleur soutien Alain Bertho (PCF et soutien de Bové ), est réputé de gauche (LCR). L'équipe municipale de Saint-Denis y est largement représentée notamment au sein du CA de l'université (Jean Brafman y est. Oui, encore lui ! Un homme qui cumule un nombre important de responsabilités dans la « monarchie républicaine » tout comme dans le milieu associatif y compris même celui des sans-papiers !)

Là aussi, c'étaient les mêmes arguments fallacieux, les mêmes élucubrations... (http://www.mouvement-egalite.org/recherche.php?recherche=%E9vacuation" class="spip">Voir les nombreux documents et témoignages sur notre site).


La constance des faits et des mêmes arguments, doivent pousser toute personne qui n'entend pas ruser avec ses principes (par calcul politique ou par intérêt) à bien réfléchir et surtout à dénoncer comme il se doit toutes ces pratiques...



Le MPE condamne cette expulsion et exprime tout son soutien et solidarité avec les sans-papiers expulsés qui se trouvent actuellement dans la rue, devant la Bourse de travail, pour récupérer leurs affaires que les syndicalistes expulseurs ont enfermé à l'intérieur de la Bourse du travail; salue les quelques syndicats CGT qui maintiennent leur soutien à ces sans-papiers contre vents et marrés...
Le 9ème Collectif des Sans-Papiers s'est réfugié à la bourse du travail,
haut lieu symbolique de lutte pour les droits des travailleurs sans
empêcher à aucun moment la continuation du mouvement social, et ceci
depuis le samedi 10 février 2007, pour alerter l'opinion publique, les
organisations syndicales, les citoyens, sur la situation actuelle des
sans-papiers et les conditions dramatiques dans lesquelles ils vivent.

Le 17 février dernier, les syndicats ont accueilli un meeting de soutien à
Nicolas Sarkozy qui mène une campagne lepéniste (création du Ministère de
l'identité nationale, rafles, stigmatisation des immigrés...), et qui a
participé depuis 5 ans à casser les acquis sociaux (retraites, sécurité
sociale, code du travail...). Aujourd'hui, ils expulsent les travailleurs
les plus exploités, des travailleurs qui sont aux premières lignes d'une
précarisation généralisée du travail, venus demander leur soutien.

Nous dénonçons la méthode utilisée par les syndicats en expulsant des
sans-papiers en groupe alors que la Bourse du travail se trouve à quelques
mètres de la République où sont stationnées, en ce moment même, des forces
de police, et où ont lieu régulièrement des rafles même lors de la
distribution des repas par les restos du Coeur.

Nous rappellons que la Bourse du Travail se trouve également à proximité
du QG de campagne de N. Sarkozy.

Nous lançons un appel à tous les adhérents des syndicats et à toute
personne qui soutient le mouvement des sans-papiers à nous rejoindre sur
place.

En dépit de ce qui s'est passé, nous restons concentrés sur nos objectifs,
à savoir la lutte :
contre la politique répressive à l'égard des sans-papiers,
contre les rafles et les expulsions massives que subissent quotidiennement
les sans-papiers,
contre l'esploitation des sans-papiers,
pour la convergence des luttes entre les sans-papiers et tous les autres
traavailleurs,
pour la régularisation de tous les sans-papiers.

Précaires, chômeurs, salariés, étudiants, lycéens, sans-papiers
SOLIDARITE

Le 9ème Collectif des Sans-Papiers ne se trompera jamais d'ennemi
contrairement à ce qu'ont fait les syndicats aujourd'hui.

9eme_collectif@no-log.org

9emecollectif.net

Contacts : 06 77 28 65 37 // 06 03 58 39 59 // 06 13 95 22 07

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Des sans-papiers évacués par des syndicalistes à Paris

PARIS (Reuters-06-04-2007) - Trois organisations syndicales dont la CGT ont
procédé à l'évacuation d'un collectif de sans-papiers, qui occupaient
depuis une cinquantaine de jours la Bourse du Travail à Paris, dans
le 10e arrondissement.
La CGT, la CFDT et FO ont fait évacuer par des militants plusieurs
dizaines de sans-papiers du collectif, "{parce qu'ils avaient
transformé plusieurs salles de la Bourse en squat}", a dit à Reuters
Didier Niel, secrétaire général de l'Union départementale de la CGT
de Paris.
Il a démenti des allégations selon lesquelles les syndicalistes
avaient fait usage de la violence pour déloger les clandestins, qui
réclament leur régularisation et dénoncent des "expulsions massives
et l'exploitation" des travailleurs sans-papiers.
Habituellement, les sans-papiers sont délogés par les forces de
l'ordre. "{Ce n'est pas dans nos habitudes d'appeler la police. Il
fallait mettre fin à ce squat. On l'a fait sans violence}", a précisé
Didier Niel.
"{Cela fait plusieurs semaines que l'on essaie de discuter avec les
occupants qui sont au moins une centaine le soir, avec des matelas à
même le sol. Ils n'ont rien voulu savoir. Leur présence et la
transformation des salles en squat étaient devenues gênantes pour les
salariés de la Bourse}", a-t-il dit.
Dans un communiqué, le collectif concerné parle d'une "expulsion
musclée" et souligne qu'il "{ne se trompera jamais d'ennemis,
contrairement à ce qu'ont fait les syndicats aujourd'hui}".