[Radio] 1er juillet 2021 Il y a cent ans, la Commune de Kronstadt

Mis a jour : le jeudi 22 juillet 2021 à 17:37

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Lieux: kronstadt

 

Contrairement à la Commune parisienne de 1871, la Commune de Kronstadt de 1921 semble avoir été oubliée des commémorations.

Nous en proposons donc une reconstitution historique dans cette émission de Vive la Sociale - FPP 106.3 FM. Bonne écoute !

Contrairement à la Commune parisienne de 1871, la Commune de Kronstadt de 1921 semble avoir été oubliée des commémorations. Nous en proposons donc une reconstitution historique.

Où l’on voit le peuple de Kronstadt (marins, ouvriers et soldats) prendre au mot le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux soviets », contre l’expropriation de ces expressions de démocratie directe par le pouvoir autoritaire bolchevique ( marxisme-léninisme ), qui finit par écraser la révolte de ktonstadt militairement.

Ce sont donc bien deux conceptions de la révolution qui se sont affrontées dans cet épisode dramatique, ce qui explique qu’il ait fait l’objet de longues polémiques au sein du mouvement ouvrier.


Les sources historiques sur la révolte de Kronstadt sont nombreuses, mais signalons notamment le site revolution-1917 (http://revolutions-1917.info/spip.php?article105), qui lui consacre une section entière.

Et rappelons que l’intervention faite par Emma Goldman et Alexander Berkman pour tenter d’éviter la répression de la révolte est évoquée dans le livre de mémoires de Goldman, qui ont fait l’objet de notre émission du 3 décembre 1920 (ainsi que dans Le Mythe bolchevique de Berkman).

 

Alexandre Berkman
LE MYTHE BOLCHEVIK
Journal 1920-1922
(Première partie - Chapitres 1 à 10)

Préface de l’auteur............................................................................................................................3
Chapitre 1. Journal de bord du Buford.............................................................................................5
Chapitre 2. Sur le sol soviétique.....................................................................................................15
Chapitre 3. À Petrograd..................................................................................................................17
Chapitre 4. Moscou.........................................................................................................................24
Chapitre 5. La maison d’hôtes........................................................................................................27
Chapitre 6. Tchitcherine et Karakhan.............................................................................................30
Chapitre 7. Le marché.....................................................................................................................33
Chapitre 8. À la Moskkomune........................................................................................................37
Chapitre 9. Le club de la Tverskaïa................................................................................................40
Chapitre 10. Une visite chez Piotr Kropotkine...............................................................................44

 

Préface de l’auteur


La révolution brise les structures sociales devenues trop étroites pour l’homme. Elle fait
éclater les moules qui le contraignent à mesure qu’ils se solidifient et que s’en échappe la Vie qui
sans cesse va de l’avant. Ce processus dynamique, la révolution russe l’a poussé plus loin que ne
l’avait encore fait aucune révolution.


Abolir ce qui est établi – sur le plan politique, économique, social et éthique –, tenter de le remplacer par quelque chose de différent, tel est le réflexe de l’homme dont les besoins se transforment, du peuple dont la conscience s’éveille. Derrière la révolution, il y a des millions d’êtres humains qui en incarnent l’esprit intérieur, qui sentent, pensent et y mettent tout leur être. Pour eux, la révolution n’est pas qu’une simple transformation des éléments extérieurs : elle implique de disloquer complètement la vie, de faire voler en éclats les traditions dominantes, d’abroger les normes admises. Le cours habituel mesuré de l’existence est interrompu, les critères coutumiers deviennent inopérants, les précédents antérieurs s’annulent. L’existence est entraînée de force vers des voies inexplorées, chaque action exige une autonomie, chaque détail nécessite une déci-
sion nouvelle et indépendante. Le caractéristique, le familier, ont disparu ; la cohérence et l’interrelation entre les parties qui auparavant constituaient un tout se dérobent. Il faut créer de nouvelles valeurs.


Cette vie intérieure de la révolution, qui en est la seule signification, a été presque entièrement négligée par ceux qui ont écrit sur la révolution tusse. Parmi les nombreux livres publiés sur ce gigantesque bouleversement social, rares sont ceux qui abordent ce qui en est le point essentiel. Ils traitent de la chute et de la mise en place des institutions, du nouvel État et de sa structure, des constitutions et des lois – des manifestations allusivement extérieures qui font presque oublier
les millions d’êtres qui continuent à exister et à vivre alors que tout change.


Taine a souligné à juste titre que, lorsqu’il avait étudié la Révolution française, les statistiques et les données, les documents officiels et les édits ne lui avaient paru éclairer en rien le caractère réel de la période. Et que son expression significative, son sens le plus profond, il l’avait découvert dans les vies, les pensées et les sentiments du peuple, les réactions personnelles consignées dans les mémoires, les journaux intimes et la correspondance des contemporains.


Le présent ouvrage est une compilation du journal que j’ai tenu pendant le séjour de deux ans que j’ai effectué en Russie. Il est la chronique d’une expérience intense, des impressions et des observations notées au jour le jour, dans diverses régions du pays et différents milieux. La plupart des noms ont été supprimés pour la raison évidente de protéger les personnes en question.
Autant que je sache, ce journal est le seul à avoir été tenu en Russie durant ces années mémorables (1920-1922). La tâche s’est avérée assez compliquée, ceux qui connaissent le contexte russe le comprendront. Mais une longue pratique en la matière – prendre des notes y compris en prison – m’a permis de conserver ce journal en dépit de multiples vicissitudes et perquisitions, et de le faire sortir intact du pays. Son odyssée s’est révélée aventureuse et mouvementée.

Après être resté en Russie pendant deux ans, le journal a pu traverser la frontière, pour finalement s’égarer avant de me revenir. S’en est suivie une traque angoissée à travers plusieurs pays d’Europe, et alors que l’espoir de retrouver mes carnets était pour ainsi dire perdu, ils ont été découverts en Allemagne dans le grenier d’une vieille dame très effrayée. Mais il s’agit là d’une autre histoire.

L’essentiel est que le manuscrit a fini par être retrouvé et qu’il peut désormais être présenté au public dans ce livre. S’il contribue à donner une idée de la vie intérieure de la révolution pendant la période décrite, s’il permet de rapprocher le lecteur du peuple russe et de son épouvantable martyre, la mission que se proposait mon journal aura été accomplie, et mes efforts
largement récompensés.


Alexandre Berkman

https://lille.indymedia.org/spip.php?article33397

https://nantes.indymedia.org/system/zine/2021/01/10/54654/berkman_le_mythe_bolchevik_1.pdf


autres sources possibles :

Parmi les nombreuses rééditions fleurissant sur la tombe de la centenaire révolution russe, Le Mythe bolchevik d’ Alexandre Berkman fait certainement partie des indispensables. Récit au jour le jour du retour au pays d’un révolutionnaire expulsé des États-Unis, il donne en effet un extraordinaire aperçu de la situation de la Russie des années1920-1921, en pleine guerre civile mais surtout en proie à la contre-révolution intérieure menée par le parti communiste au pouvoir.

Débordant d’enthousiasme à son arrivée et désirant plus que tout participer avec les bolcheviks dans la construction de ce «"paradis des travailleurs"» tant attendu, l’anarchiste Berkman perdra cependant progressivement – et douloureusement – ses illusions, au fil de nombreuses rencontres aussi bien avec les leaders révolutionnaires qu’avec d’innombrables inconnu·e·s lors de ses voyages à travers le pays.

Avec un réel talent d’écriture et un sens certain de l’anecdote signifiante, il raconte la misère et la révolte des paysan·ne·s soumis·es aux réquisitions forcées, l’arbitraire et la toute-puissance de la nouvelle police politique, la Tcheka, et voit avec angoisse «"la dictature du Parti devenir l’absolutisme irresponsable de quelques suzerains, les apôtres de la liberté se transformer en bourreaux du peuple"».

Le coup de grâce à ses espoirs révolutionnaires sera donné par l’écrasement de Kronstadt en lutte pour des soviets libres, qu’il commente dans son journal de cette note lapidaire": « "18 mars. – Les vainqueurs fêtent l’anniversaire de la Commune de 1871. Trotski et Zinoviev accusent Thiers et Galliffet d’avoir massacré les rebelles de Paris..."».       GS       -    

Commentaire(s)

> https://fr.theanarchistlibrary.org/library/les-insurges-de-kronstadt-pourquoi-nous-combattons

Après avoir mené à bien la révolution d’octobre, la classe ouvrière espérait avoir réalisé son émancipation. Mais il en résulta un asservissement encore plus profond de la personne humaine.

Les usurpateurs et usurpatrices communistes s’emparèrent du pouvoir policier et gendarmesque de la monarchie et, au lieu d’accorder la liberté au peuple, lui inspirèrent la crainte constante de tomber entre les mains de la Tchéka, dont les salles de torture dépassent en horreur celles de l ’ administration gendarmesque du régime tsariste. Les baïonnettes, les balles, les ordres grossiers des opritchniki de la Tchéka, voilà ce que ses années de souffrance et de lutte ont valu au travailleur de Russie soviétique.

Le glorieux emblème de l’État ouvrier - la faucille et le marteau - les autorités communistes lui ont substitué la baïonnette et le barreau de prison, pour assurer la perpétuation de la vie tranquille et insouciante de la nouvelle bureaucratie de commissaires et de fonctionnaires communistes.

Mais il y a plus infâme et plus criminel, la servitude morale que les communistes ont inaugurée : ils se sont emparés du monde intérieur des travailleurs pour les contraindre à penser en termes communistes. Avec l’aide des syndicats bureaucratisés, ils enchaînent les travailleurs à leur poste, de sorte que le travail n’est plus une joie mais une nouvelle forme d’esclavage.

Aux protestations des paysans, qui s’expriment par des soulèvements spontanés, et des ouvriers que leurs conditions de vie poussent à la grève, ils répondent par les exécutions de masse, le bain de sang, surpassant même les généraux tsaristes.

La Russie des travailleurs, la première à avoir brandi le drapeau rouge de l’émancipation du travail, est noyée dans le sang des martyrs de la domination communiste. C’est dans cette mer de sang que les communistes ont englouti tous les serments glorieux, tous les mots d’ordre lumineux de la révolution des travailleurs.

Les choses n’ont pas cessé de se préciser et aujourd’hui, il est clair que le parti communiste russe n’est pas le défenseur des travailleurs qu’il prétend être.

Les intérêts des travailleurs lui sont étrangers. S’étant emparé du pouvoir, il n’a plus qu’une seule crainte : le perdre et c’est pourquoi il croit que tous les moyens lui sont bons : calomnie, violence, fourberie, assassinat, vengeance sur la famille des rebelles. Les travailleurs ont assez souffert ; leur patience est à bout. Çà et là, la lutte contre l’oppression et la violence allume dans le pays l’incendie insurrectionnel. Les grèves ouvrières se sont multipliées mais les agents de l’Okhrana bolchevique veillent ; ils ont pris toutes les mesures pour prévenir et réprimer l’inévitable troisième révolution.

Elle n’en est pas moins venue, oeuvre des travailleurs eux-mêmes.

Les généraux du communisme voient bien que c’est le peuple qui s’est dressé, convaincu que les idées du socialisme ont été trahies. Ils tremblent pour leur peau, convaincus qu’on n’échappe pas à la colère des travailleurs ; mais ils n’essaient pas moins, avec l’aide de leurs opritchniki, de terroriser les rebelles avec leurs prisons, leurs pelotons d’exécution et autres atrocités.

Mais la vie sous le joug communiste est devenue plus terrible que la mort. Révoltée, la population laborieuse comprend qu’il n’y a pas de moyen terme dans la lutte contre les communistes et le nouveau servage qu’ils ont instauré.

Il faut aller jusqu’au bout.

Ils font semblant de faire des concessions : à Petrograd, les barrages routiers ont été levés dans la province et 10.000 000 de roubles-or ont été débloqués pour l’achat de vivres à l’étranger. Mais ne vous laissez pas tromper, derrière l’appât se cache la main de fer du maître, du dictateur qui se promet de se repayer au centuple une fois que ses concessions auront ramené le calme.

Non, il n’est pas de moyen terme.

La victoire ou la mort Cronstadt-la-rouge donne l’exemple, terreur des contre-révolutionnaires de droite et de gauche. Ici s’est accompli un nouveau pas en avant de la révolution.

Ici s’est levé le drapeau de la révolte contre les trois années de violence et d’oppression communistes qui laissent loin derrière elles les trois cents ans du joug monarchique.

Ici, à Cronstadt, nous avons posé la première pierre de la troisième révolution qui fera sauter les dernières entraves des masses laborieuses et ouvrira toute grande la voie nouvelle de la créativité socialiste.

Cette révolution nouvelle fera lever les masses laborieuses d’orient et d’Occident en servant d’exemple de la construction socialiste nouvelle opposée à la « créativité » de la bureaucratie communiste. Les masses laborieuses de l’étranger verront de leurs yeux que tout ce qui s’est créé ici jusqu’à aujourd’hui, au nom des travailleurs et des paysans, n’était pas le socialisme.

Sans coup férir, sans qu’une goutte de sang ait été versée, le premier pas a été franchi. Les travailleurs ne veulent pas de sang. Ils ne le verseront que réduits à ’autodéfense. Malgré tous les agissements scandaleux des communistes, nous saurons nous contenter de les isoler de la vie publique pour que leur propagande maléfique et mensongère ne gêne pas notre œuvre révolutionnaire.

Les ouvriers et les paysans ne cessent d’aller de l’avant, laissant derrière eux l’Assemblée constituante et son régime bourgeois, la dictature communiste, sa "Tchéka" et son capitalisme d’État dont le nœud coulant, passé au cou des masses laborieuses, menace de les étrangler.

Le bouleversement actuel offre enfin aux travailleurs l’occasion d’élire des soviets libres qui fonctionneront en dehors de toute pression partisane et de refondre les syndicats bureaucratisés en associations libres d’ouvriers, de paysans et de travailleurs intellectuels.

Le club policier de l’autocratie communiste a enfin volé en éclats.

https://fr.theanarchistlibrary.org/library/les-insurges-de-kronstadt-pourquoi-nous-combattons

> .

Nestor Makhno

À la mémoire de l’insurrection de Kronstadt

https://fr.theanarchistlibrary.org/library/nestor-makhno-a-la-memoire-de-l-insurrection-de-kronstadt